samedi 13 août 2011

Les Femmes - Yasmina Khadra





Du roman "Ce que le jour doit à la nuit" de "Yasmina Khadra" que je viens de finir de lire, je vous ai choisi cet extrait. Bonne fête à nous !
Il s’assit sur le banc et commença par considérer ses doigts les uns après les autres, ensuite, la nuque ployée, il dit d’une voix lointaine :

― L’homme n’est que maladresse et méprise, erreur de calcul et fausse manœuvre, témérité inconsidéré et objet d’échec quand il croit avancer vers son destin en disqualifiant la femme… Certes, la femme n’est pas tout, mais tout repose sur elle… Regarde autour de toi, consulte l’Histoire, attarde-toi sur la terre entière et dis-moi ce que sont les hommes sans les femmes, ce que sont leurs vœux et leurs prières quand ce ne sont pas elles qu’ils louent… Que l’on soit riche comme Crésus ou aussi pauvre que Job, opprimé ou tyran, aucun horizon ne suffirait ç notre visibilité si la femme nous tournait le dos.

Il sourit comme s’il s’adressait à un vague souvenir :

Quand la femme n’est pas l’ambition suprême de l’homme, quand elle n’est pas la fin de toute initiative en ce monde, la vie ne mériterai ni ses joies ni ses peines.

Il se frappa les cuisses et se remit debout :

― Quand j’étais petit, j’allais souvent sur le Grand Rocher contempler le coucher du soleil. C’était fascinant. Je croyais que c’était là le vrai visage de la Beauté. Puis j’ai vu la neige couvrir de blanc et de paix les plaines et les forêts, et bien d’autres splendeurs inimaginables, et je me suis demandé ce qu’il en serait du paradis…

Sa main s’appuya sur mon épaule :

― Eh bien, le paradis ne serait qu’une nature morte sans ses houris…

Ses doigts enfoncés dans ma chair me diffusaient leurs vibrations à travers mon être. Telle une salamandre, mon oncle renaissait de ses cendres ; il cherchait à me transmettre le miracle de sa résurrection. Ses yeux étaient sur le point de lui gicler hors de la tête tant il semblait accoucher de chacun de ses propos :

Le coucher de soleil, le printemps, le bleu de la mer, les étoiles de la nuit, toutes ces choses que nous disons captivantes, n’ont de magie que lorsqu’elles gravitent autour d’une femme, mon garçon… Car la Beauté, la vraie, l’unique, la beauté phare, la beauté absolue, c’est la femme. Le reste, tout le reste n’est qu’accessoires de charme.

Son autre main s’empara de mon épaule libre. Il traqua quelque chose au fond de mon regard. Nos nez se touchaient presque et nos souffles s’entremêlaient. Je ne l’avais jamais vu dans cet état, sauf peut-être le jour où il était allé trouver Germaine pour lui annoncer que son neveu était devenu leur fils.

Si une femme t’aimait, Younes, si une femme t’aimait profondément, et si tu avais la présence d’esprit de mesurer l’étendue de ce privilège, aucune divinité ne t’arriverait à la cheville.

Avant de remonter dans son bureau, la main sur la rampe de l’escalier, il me dit :

― Cours la rejoindre… Un jour, sans doute, on pourrait rattraper une comète, mais qui vient à laisser filer la vraie chance de sa vie, toutes les gloires de la terre ne sauraient l’en consoler.

[Yasmina Khadhra - Ce que le jour doit à la nuit]

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3 commentaires:

illusions a dit…

L'un des plus merveilleux livre que j'ai lu, et on a choisi presque le même extrait parlant de la femme, tellement les mots sont ..... impossible de trouver le mot adéquat :)

hotel paris a dit…

J'adore ce extrait, c'est décidé je vais lire ce livre ...

adel a dit…

excellent cet extrait

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:)) ;)) ;;) :X :(( =(( :-o :-* :| :)] :-t
b-( :-L :-/ o_O :D ;) :p :) :( 8-) ^^

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